Le monde du libre actuel part en couilles ? Épisode 8 : le messianisme lié à OpenRC.

Pour commencer cet épisode, je tiens à préciser que je respecte et que j’apprécie ce système de gestion de services. Mais il faut dire les choses comme elles sont, il y a actuellement une forme de messianisme lié à OpenRC.

Oui, j’emploie volontairement ce terme du registre religieux pour constater ce qui se passe dans le petit monde des distributions GNU/Linux.

Pour mémoire, voici comment se définit, selon le Larousse, le terme de messianisme :

Croyance en la venue d’un libérateur ou sauveur qui mettra fin à un ordre présent considéré comme mauvais et instaurera un ordre nouveau dans la justice et le bonheur.

Inutile de préciser que je parle ici de la guerre des systèmes d’initialisation qui est le deuxième truc le moins visible sur une distribution GNU/Linux avec le noyau. On ne voit ni le noyau, ni le système d’initialisation, mais leurs conséquences. Sans les deux éléments en question, pas de démarrage, pas de gestion de services (réseau, affichage, impression, audio, etc.)

Autant dire qu’avec l’arrivée de systemd qui a fait tellement couler d’encre électronique au fil des années depuis son arrivée que l’on pourrait presque remplir la faille de San Andreas avec.

Je l’ai déjà exprimé de nombreuses fois, je me contrefiche de savoir quel système d’initialisation est utilisé par ma distribution. Ce que je lui demande, c’est de faire son travail, point barre.

Mais j’ai constaté que cette guerre technologique tourne carrément au religieux. C’est le commentaire suivant de Ed Belda sur une vidéo concernant une gueulante de certains utilisateurs de la Artix qui m’a donné d’envie de m’y plonger.

C’est vrai que le commentaire pose la question centrale : pourquoi ne pas laisser OpenRC dans le monde qui l’a vu naître ? Car tout simplement, c’est du logiciel libre, portable et donc qu’on peut le faire ?

C’est la réponse de nombreuses personnes baignant dans le monde du logiciel libre pourrait apporter. Je suis d’accord, et c’est celle que je donnerai. Cependant, je rajouterai une nuance de taille : est-ce qu’est souhaitable ?

Le seul duo base Archlinux et OpenRC que j’ai pu voir comme était vraiment fonctionnel, c’était… la Manjaro OpenRC, qui est devenu Artix 🙁

Dans un article de 2016, j’étais enthousiaste et je tressais des louanges au développeur du projet :

Comment résumer mon ressenti avec la Manjaro Linux 16.06 OpenRC ? Du grand art. On voit que le mainteneur tient à son bébé, et on est loin de certaines ISO linux – basées sur Manjaro Linux ou autre – qui donnent l’impression que c’est juste de l’amélioration de curriculum vitae.

[…]

Pour conclure, je pourrai reprendre la conclusion de l’article du mois de juin 2015, presque mot à mot. Mes félicitations au développeur derrière la Manjaro Linux OpenRC, c’est du beau travail. Ça change des étroniciels que j’ai trop souvent croisé sur ma route !

Depuis la mise à mort de la Manjaro OpenRC, c’est un projet qui accumulent les bévues, et dont la FAQ frôle parfois le ridicule…

Q. Jedi Knights? Are you serious?
A. Any more and you’ll die.

Il y a d’autres projets qui promeuvent OpenRC, mais j’ai l’impression que c’est devenu désormais un passage obligé. Comme si une distribution avait ratée sa vie si elle ne proposait pas soit une version soit un passage total vers OpenRC.

La Parabola GNU/Linux a décidé de migrer vers ce système d’init... Dans une vidéo que j’ai réalisé, j’ai pu obtenir quelque chose de fonctionnel… À mon grand soulagement est-il besoin de préciser. La Manjaro OpenRC a presque trouvé une héritière spirituelle, même si sa mise en œuvre est un brin ennuyeuse.

Que des développeurs considèrent que c’est un devoir sacré de ne pas utiliser systemd, soit.

Mais vous ne pourriez pas faire comme Eric Vidal, le créateur d’Obarun ou Juan Romero Pardines, créateur de la VoidLinux et utiliser autre chose qu’OpenRC ? Ou est-ce la volonté d’imposer le monopole d’OpenRC pour remplacer celui de systemd ?

Car imposer une monoculture pour la remplacer par une autre, ce n’est pas vraiment du choix… Enfin, je dis cela, mais je dis rien au final !

En vrac’ de fin de semaine…

Comme chaque fin de semaine, l’habituel en vrac. Pas très long, j’ai d’autres choses sur le feu en ce moment :]

Côté logiciel libre, informatique et internet ?

  • La ArchBang officialise l’utilisation de la Artix Linux comme base avec l’arrivée d’une première image ISO, la archbang-artix-210917.iso.

Côté culture ?

Bon week-end !

Y a-t-il un problème de compréhension de l’anglais technique dans le monde francophone libre ?

Note préliminaire : il y a trois vidéos qui illustrent cet article. Désolé, mais c’était nécessaire pour la cohérence du billet.

Je n’ai jamais été un grand cador dans le domaine de la compréhension et l’écriture de la langue anglaise. il faut dire que mon anglais était des plus limités quand je suis sorti du circuit scolaire après un cursus d’anglais en tant que première langue vivante entre la sixième et la terminale.

Quand je suis arrivé sur internet en 1997, il a fallu que je me sorte les doigts du fondement pour trouver les informations dont j’avais parfois besoin. Il faut dire qu’en 1997, les pages en français étaient plutôt rares, surtout quand Altavista était le moteur de recherche qui régnait sur la toile naissante.

Heureusement, 20 ans plus tard, les sources d’informations francophones se sont multipliées. Cependant, il ne faut pas oublier que l’anglais reste la langue maternelle de l’informatique libre ou privatrice.

En duo avec Baba Orhum, j’ai enregistré un vidéo parlant d’un point de vue général sur le monde du libre en tant que vieux libriste.

Un des points abordés était la guerre sainte des systèmes d’initialisation, vous savez le genre de guerre que se font les technophiles souvent avec une vie sociale réduite à sa portion congrue.

Le dernier avatar de cette guerre étant la naissance du projet Artix, consécutif de la mise à mort de la Manjaro OpenRC. Le titre de la page est important, j’y reviens en fin d’article : « Artix Linux is a fork of Archlinux to use different init systems ». Besoin de traduire ? 🙂

J’en avais parlé dans cette vidéo du 29 juillet 2017.

C’est ici qu’intervient le problème de lecture de l’anglais technique que j’évoque en début d’article. En effet, sur le fil annonçant la fin du projet Manjaro OpenRC, Phil Müller alias Philm qui n’est autre que le papa de la Manjaro déclare :

From Manjaro side we will support OpenRC till this fall and remove all packages with i686 architecture all together from our repos. People using OpenRC will have a migration plan to move to the new project. All using i686 architecture however have to move to another distro as we won’t continue i686.

Ce qu’on peut traduire ainsi, ce n’est pas non plus de l’anglais de la haute société :

Du côté de la Manjaro, nous supporterons OpenRC jusqu’à cet automne et nous enleverons tous les paquets ainsi que ceux de l’architecture i686. Les personnes utilisant OpenRC auront un plan de migration pour aller vers le nouveau projet. Toutes les personnes utilisant l’architecture i686 devront aller sur une autre distribution car nous n’allons pas continuer le i686.

Donc, installer en ce début août 2017 une Manjaro OpenRC, que ce soit en dur ou en virtuel, c’est se condamner à se retrouver avec un projet qui ne pourra plus être mis à jour à compter de la fin septembre ou de début octobre. Un sacré cul-de-sac, non ?

De son côté, Artoo a annoncé la publication de l’ultime image ISO du projet Manjaro OpenRC :

C’est le post-scriptum qui est le plus intéressant :

If intending to migrate to Artix, I found doing a clean install and adapting it as per taste to be simpler / easier than migrating an existing install.

Ce que l’on peut traduire ainsi :

Si vous avez l’intention de migrer vers Artix, j’ai trouvé que faire une installation propre et l’adapter à vos goûts est plus simple / plus facile que de migrer une installation existante.

Il suffit de jeter un oeil sur la page de migration de Manjaro OpenRC vers Artix, qui est encore une version de travail au moment où je rédige cet article le 8 août 2017, et c’est encore assez sensible.

On y arrive – ma curiosité ayant pris le dessus – mais il faut faire gaffe à chaque étape. J’ai enregistré la dite migration, et j’ignore si elle sera publiée un jour sur ma chaîne.

Si vous avez envie d’installer une Manjaro OpenRC en ce mois d’août 2017, n’oubliez pas une chose : c’est une condamnée à mort. Elle a la tête sur le billot et la hache du bourreau va tomber sur sa nuque.

Quant à la Artix, je ne la vois pas vivre longtemps. Pourquoi ? Pour les raisons suivantes :

  1. Si je veux un duo OpenRC et paquets précompilés, je me tournerai vers une Calculate linux.
  2. Si je veux un duo RunIt et paquets précompilés, je me tournerai vers une Void linux.
  3. Si je veux un duo S6 et paquets précompilés, je me tournerai vers une Obarun S6.

Donc, le projet Artix s’attaque à des distributions qui existent depuis plusieurs années et qui sont bien installées auprès de leurs publics respectifs. Je ne demande cependant qu’à être démenti.

Pour conclure, je me demande ce qu’il y avait de compliqué en anglais dans les messages postés sur le projet Artix. À croire que l’anglais est encore et toujours l’ennemi du Français cherchant à combattre la perfide Albion 🙂