La démocratisation réelle des distributions GNU/Linux sur le bureau de l’utilisateur personnel, un doux fantasme ?

Cela fait des années que je me bats avec mes humbles moyens pour faire progresser la cause du libre sur le bureau de « monsieur et madame tout-le-monde ». J’ai déjà dû consacrer de nombreux articles sur le sujet, mais ce sont deux commentaires de Berillions – et oui, je cite mes sources ! – sur deux vidéos mise en ligne début août 2017 qui m’ont permis de pointer le principal (ou l’un des principaux ?) problème à cette démocratisation qui serait la bienvenue.

Le premier commentaire est sur une vidéo où j’explique avec des mots simples la constitution et l’utilisation d’un PKGBUILD sous Archlinux et apparentés :

Le deuxième étant sous une vidéo consacrée à la migration plus que casse-bonbon d’une Manjaro Linux OpenRC vers l’Artix :

J’ai préféré faire des captures d’écran pour deux raisons. La première étant d’avoir une archive en cas de suppression, la deuxième étant pour montrer le texte d’origine avec ma réponse 🙂

Comme vous avez pu le constater, sur les deux commentaires, on en revient toujours au même point : la documentation via le wiki… Ah, la documentation et la lecture…

Il ne faut pas se voiler la face. Dans son livre de 2003, Eric S. Raymond déclare : « Unix is user-friendly — it’s just choosy about who its friends are. »

On peut traduire cette citation ainsi : « Unix est convivial (user friendly) – il est juste tatillon pour choisir ses utilisateurs. »

Même si les distributions GNU/Linux ne sont pas des unix à 100%, elles s’en inspirent largement. Débuter sur un unix, ce n’est pas facile. Même si MacOS-X depuis sa première version en 2001 est basé sur un unix, son interface graphique en cache toute la sublime et esthétique complexité.

Je pense que nous sommes face à un tournant en terme d’informatique personnelle.

Nombre de personnes qui ont commencé l’informatique à la maison dans les années 1980 et 1990 savaient qu’il fallait souvent potasser des documentations aussi complètes qu’aride pour faire la moindre chose. Je vous renvoie à cette vidéo du vidéaste américain Lazy Game Reviews qui montre la complexité d’ajouter une barrette de mémoire vive sur un IBM PC de la fin des années 1980… Bon appétit 🙂

Oui, je sais c’est en anglais avec un accent américain à couper au couteau, mais c’est vraiment très instructif.

Nous sommes ici sur le principal problème comme je l’avais annoncé plus haut. Qui irait se plonger dans un manuel de plusieurs dizaines de pages pour simplement installer une barrette de mémoire vive ? Qui aurait envie de fouiller dans un manuel aussi épais qu’un annuaire pour apprendre à appliquer quelques effets dans son logiciel de retouche d’images préféré ?

Plus grand monde de nos jours. Nous sommes dans une époque de l’instantanéité où l’on perd facilement patience au bout de cinq minutes. Que des personnes n’aient pas envie de se taper 15 opérations pour avoir un environnement graphique parle leur langue, je le comprend aisément. Même moi, ça me gonfle largement.

Nous sommes dans une informatique où les utilisateurs veulent rendre leur ordinateur payé plusieurs centaines d’euros / dollars / livre sterling / etc. aussi simple d’emploi qu’une cafetière électrique. Appuyer sur un bouton pour faire démarrer l’ensemble et basta !

Bien entendu, il y aura toujours des personnes qui auront envie de s’aventurer en coulisses pour savoir comment ça marche. Mais je pense que ce marché est déjà quasiment conquis pour le monde libre, que ce soit pour les distributions GNU/Linux ou les BSD libres.

Ensuite, il y a la grosse majorité des utilisateurs qui pourraient être conquis, mais qui sont effrayés par la complexité d’un unix-like. Qui ne cherchent qu’une informatique presse bouton. Qui n’auront jamais envie de s’aventurer en ligne de commande. Qui recherchent des outils à la Apple Store / Google Play Store pour rajouter au besoin des logiciels.

Cela Microsoft et Apple l’ont parfaitement compris et l’applique depuis des décennies. Le monde du libre refuse-t-il de voir cette vérité ? Ou considère-t-il que ce n’est pas la peine de faire des outils qui facilite la vie de l’utilisateur « monsieur tout-le-monde » ?

Ou est-ce le fait d’une minorité gueularde qui refuse de voir son jouet préféré devenir abordable ?

Je ne suis ni psychologue, ni psychiâtre, mais je me pose la question. J’ai eu l’impression que l’on est face à une guerre des générations, une génération ayant connu la distribution GNU/Linux qu’il fallait installer à la force du poignet en compulsant des centaines de pages de manuels – et dont j’ai fait partie – et une autre qui ne cherche qu’à utiliser les distributions.

Bien que faisant partie des anciens du monde GNU/Linux, je ne vois pas en quoi il est inutile de faire des vidéos pour rendre des pages de wiki plus abordables, et plus compréhensible par la suite. Mais ce doit être une forme d’altruisme incompris…

Comme je l’ai répondu, si on virait toutes les vidéos concernant une manière d’aborder plus ludiquement les pages de wiki qui sont aussi bien remplie qu’aride à lire, 95% des vidéos sur le monde GNU/Linux disparaîtraient.

De la même manière, doit-on réserver les plateformes vidéos pour y voir des défis à la con ? Doit-on enlever les chaines de vulgarisation scientifique ? De vulgarisation historique ou musicale ? Si oui, youtube ressemblerait à terme à une forme dégénérée des productions de Cyril Hanouna qui peut tout se permettre – et surtout le plus ignoble – car il est friqué à mort et couvert par une direction qui ne cherche que l’audimat à tout prix.

Désolé pour la digression de cette fin d’article. Mais tant que l’on voudra ne pas admettre que les générations d’utilisateurs passent et qu’il n’y aura toujours qu’une minorité de technophiles pour faire avancer la cause du bureau personnel libre, dans 30 ans, la situation sera la même qu’en 2017.