Le consommateur passif, conséquence de la massification de l’informatique personnelle ?

Dans son excellent billet – traduit sur le framablog – Carl Chenet taille les oreilles en pointe des personnes qui se résument à consommer de manière passive du logiciel.

Même s’il y a quelques caricatures dans l’article, il faut dire que ça tape juste et franchement sur les personnes que l’on pourrait comparer à des orifices excréteurs solides mal torchés.

Mais pour moi, Carl n’a pas pris un facteur un compte : la massification de l’utilisation de l’informatique depuis le début des années 2000.

Jusqu’en 2003-2004, les prix de l’informatique et de la connexion internet étaient une barrière d’entrée qui permettait de conserver un minimum de réflexe de recherche personnelles et une volonté de se sortir les mains des poches en cas d’ennuis.

Cependant, cette massification a mal été prise en compte par le milieu du logiciel libre. Jusqu’à l’arrivée des premières distributions GNU/Linux gentilles envers l’utilisateur basique et vraiment fonctionnelles – en gros le début de l’aventure Ubuntu – le monde du libre est resté un milieu de passionné(e)s, où la démerde et la volonté de lire de la documentation était présente.

Jusqu’en 2003-2004, le RTFM était une réponse acceptable et acceptée par tout le monde. Il n’y avait pas de honte à faire soi-même quelques recherches et publier des documents synthétisants les solutions trouvées.

Mais ce qui était vrai en 2003-2004 ne l’est plus de nos jours. Bien ou mal, à vous de voir. Un nombre croissant de libristes sont des personnes qui veulent juste avoir des OS fonctionnels, ce qui est déjà un bon point de départ.

Mais ce sont des personnes qui se contrefoutent – à tort ou à raison ? – des subtilités techniques, du fait que nombres de projets sont sous-dimensionnés en terme de ressources humaines – une conséquence de la sacralisation du fork et de son utilisation abusive ? – et qu’une personne qui se casse le cul à stabiliser son logiciel n’a pas envie de répondre pour la 150ième fois à une question dont la réponse se trouve dans le fichier README du projet.

J’ai appris récemment que l’enrobeur pour Pacman, Aurman, mettait la clé sous la porte. Il suffit de lire le commentaire du développeur du logiciel pour comprendre qu’il en a eu sa claque.

Je cite le morceau de choix :

[…]
Without exaggeration, about 80% of the GitHub issues have been complete nonsense. About 90% of the comments on the aur.archlinux.org aurman page have been complete nonsense. Do not bother looking for them, the GitHub issues are closed and the comments on the aur.archlinux.org page have been deleted. People who followed my work will know what I am talking about.

There have been so few people, who actually requested features with sensible argumentations behind it, so few people who actually reported bugs and not only showed their incompetence…

I honestly do not want to waste my time for unpaid work, and get nothing besides insults. I need an AUR helper, and I wrote it. I thought it would be nice to let other people use my software, because that does not hurt me, and that is true. But I also thought it would be nice to let other people give feedback, because that does not hurt me, and that is not true.
[…]

Une traduction ?

[…]
Sans exagération, environ 80% des problèmes de GitHub ont été complètement absurdes. Environ 90% des commentaires sur la page aurman de aurlinux.archlinux.org ont été complètement absurdes. Ne vous donnez pas la peine de les chercher, les bugs de GitHub sont fermés et les commentaires sur la page aur.archlinux.org ont été supprimés. Les gens qui ont suivi mon travail sauront de quoi je parle.

Il y a eu si peu de personnes qui ont demandé des fonctionnalités avec des arguments raisonnables, si peu de personnes qui ont rapporté des bogues et qui n’ont pas seulement montré leur incompétence…..

Honnêtement, je ne veux pas perdre mon temps pour du travail non rémunéré, et je ne reçois rien d’autre que des insultes. J’ai besoin d’un assistant AUR, et je l’ai écrit. J’ai pensé que ce serait bien de laisser d’autres personnes utiliser mon logiciel, parce que cela ne me fait pas mal, et c’est vrai. Mais j’ai aussi pensé qu’il serait bien de laisser d’autres personnes donner leur avis, parce que cela ne me fait pas mal, et ce n’est pas vrai.
[…]

C’est suffisamment clair pour éviter de broder des heures dessus. Archlinux avait été critiqué quand, courant 2012, il avait décidé de virer son installateur et de le remplacer par des scripts dédiés. Avec le recul du temps, c’est compréhensible. Nombre de personnes arrivaient sur Archlinux sans avoir le niveau minimum nécessaire.

Était-ce de l’élitisme ? Était-ce une volonté de se préserver de personnes plus toxiques que des amanites phalloïdes ? Je pense que les mésaventures qui ont mené à l’abandon de Pacaur et maintenant d’Aurman laisse peu de doutes quant aux motivations profondes.

La massification de l’informatique a amené un public dont la toxicité n’est plus à prouver et colle avec la toxicité d’une partie des développeurs que l’on peut croiser parfois.

Il est illusoire de croire que l’on pourra éduquer toute personne qui arrivent dans le monde du libre et qui sont restés dans une optique consumériste entretenue par le monde non-libre.

Au fil des années, j’ai reçu des courriers avec des questions tellement basiques que je me suis aperçu que le niveau moyen baissait. Mais je réponds à chaque fois, en me disant que j’apporte ma pierre, même si parfois j’ai envie de balancer un RTFM dans les dents. Mais ce serait aussi stupide que le comportement des personnes toxiques dénoncées par l’article de Carl Chenet.

Les logiciels libres meurent par manque de contributions ? Sûrement. Mais aussi de la non-prise en compte – ou la prise en compte partielle – du phénomène de massification de l’informatique personnelle.

Le monde du libre actuel part en couilles ? Bonus n°3 : pédagogie et Diafoirus, un sacré cocktail.

Dans ma série de billets sur les problèmes du monde du libre en 2017-2018, il y a quelque chose que j’avais oublié. Un problème qui est un peu à double face à l’image du signe astrologique des Gémeaux, celui qui a deux visages.

D’un côté, une volonté d’appliquer une pédagogie forcenée et de l’autre, l’existence de Diafoirus : des personnes comparables aux médécins décriés par Molière dans « Le Malade Imaginaire » et qui ont tués plus de patients qu’ils n’en ont sauvé au final.

Sur la volonté de pédagogiser ? C’est simplement une tendance lourde dans une partie du monde du libre de croire que les personnes qui arrivent de nos jours sur des OS libres ont envie d’apprendre comment cela fonctionne de A à Z.

De connaître la différence entre un micro-noyau et un noyau monolitique. De savoir comment fonctionne un système d’initialisation. De savoir comment graver une image ISO sur une clé USB en ligne de commande.

Si cela est intéressant, il faut rester réaliste. L’immense majorité des novices s’en contrebat les organes génitaux à un point inimaginable. La plupart du temps, ce qui compte, c’est de pouvoir utiliser son ordinateur avec les outils désirés et point final !

Pour prendre une comparaison automobile : a-t-on besoin de connaître le fonctionnement de l’injection dans un moteur diesel pour aller d’un point à un autre ? Je ne le pense pas.

Oui, j’ai une série de vidéos vulgarisatrices sur l’informatique libre, « Dis Tonton Fred ». Et une autre plus pédagogique sur la ligne de commande.

Mais ce n’est pas pour autant que j’ai vocation à vouloir former chaque personne qui arrive dans le monde du libre. Cela serait irréalisable.

J’arrive donc au second point de l’article, les Diafoirus. Si vous connaissez la pièce de Molière, vous savez que les Diafoirus sont de sombres charlatans dont le pédantisme n’a d’égal que la connaissance du latin et du grec.

On peut remplacer la connaissance des deux langues citées par celle de l’utilisation de termes techniques souvent mal digérés. Un bon Diafoirus linuxien pourra disserter des heures pour savoir s’il faut dire Linux ou GNU/Linux, comment configurer aux petits oignons des outils que la plupart des utilisateurs et utilisatrices se contrefoutent.

Les Diafoirus en question affirmeront des bétises sans nom, mélangeront des distributions de la même famille en oubliant les subtiles différences entre elles. Ou encore, ils appliqueront ad-nauseam des solutions qui sont dysfonctionnelles par conception.

Des personnes qu’on pourrait espérer de bonne volonté mais qui n’ont aucune réelle connaissance technique, à l’image du petit cousin de la tante Huberte qui s’est improvisé dépanneur informatique car il sait installer un antivirus sous Windows.

On est dans le même ordre d’idée. Vous imaginez les dégâts ? J’ai enregistré une vidéo sur les Diafoirus dans le monde Archlinuxien qui est mon environnement informatique depuis l’année 2009.

Je vous laisse découvrir la dite vidéo. Bien entendu, elle m’a valu une volée de bois vert de la part des Diafoirus en question, mais peu importe. Le monde du libre souffre de ce genre de personne qui applique un principe simple, et qui reprend le titre d’un film sorti en 1975 : « C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule »

Ma conclusion est simple : il faut savoir être honnête envers soi-même et accepter de payer les conséquences de ses actes, surtout quand on n’a pas le niveau technique que l’on prétend détenir.

Les faits resteront les faits, c’est tout. Comprenne qui pourra ou qui en fera l’effort nécessaire !

Pauvre rolling release… Que de crimes l’on commet en ton nom !

Un billet « méchant Fred », ça faisait longtemps, non ? J’avais envie de pousser un coup de gueule contre l’utilisation abusive du terme rolling release.

Le principe de la rolling release semble avoir un peu de vent dans les voiles au moment où j’écris cet article en août 2018, au point qu’il est devenu de bon ton de dire : « Vous voyez, ma distribution, c’est une rolling release » alors qu’une bonne moitié du temps, c’est faux.

Pour qu’une distribution soit une rolling release, il y a les critères suivants à remplir :

  1. Une installation avec une image ISO qui est rafraichie plus ou moins régulièrement.
  2. Des mises à jour en continu, que ce soit au quotidien ou par paquets hebdomadaires ou bimensuels
  3. Une évolution constante de la distribution, c’est à dire aucune période de gel au niveau des logiciels

Si les trois critères sont remplis, c’est une rolling. Dans le cas contraire, c’est une pseudo-rolling.

Dans les vraies distributions en rolling en ayant une liste aussi exhaustive que possible pour chaque entrée ?

  1. Archlinux et sa famille : Manjaro et Tux’n’Vape, Antergos, Anarchy, RebornOS, Parabola et l’étrange Hyperbola, SwagArch, Obarun et Artix
  2. Void Linux
  3. Gentoo et sa famille : Funtoo, Sabayon, Calculate, Redcore
  4. Frugalware
  5. Solus

Je pourrais rajouter Siduction à cette liste, mais pour une raison bien précise expliqué ci-après, j’hésite à le faire.

Mais dans les fausses rolling ? Toutes celles qui se basent sur Debian GNU/Linux testing ou encore Ubuntu, par exemple.

Il faut le rappeler, la Debian GNU/Linux testing peut ressembler à une rolling durant les 3/4 de son temps. La documentation de Debian est claire.

Pour résumer ? Dès qu’une nouvelle version majeure de Debian GNU/Linux sort, la branche Testing sort de son hibernation pour une durée de 18 mois. Ensuite, durant 6 mois, les logiciels sont gelés pour assurer la stabilité de la version qui suivra.

Si une Debian sort le 1er janvier d’une année X, testing sera en mouvement jusqu’au 30 juin de l’année X+1 pour que la nouvelle version majeure de la Debian sorte le 1er janvier de l’année X+2.

Ensuite, dans le domaine des rolling release, spécialement les rationalisées, il faut savoir trouver l’équilibre entre deux mises à jour. On peut très rapidement atteindre des tailles assez conséquentes à récupérer et installer…

Pour conclure, si on vous dit que telles distribution se déclare comme étant une rolling alors qu’elle est basée sur Ubuntu ou Debian GNU/Linux testing, sachez que c’est purement et simplement une appellation marketing sans aucune justification technique.

Une claque de réalité bien indispensable pour les geek(ette)s…

Je dois l’avouer. Je suis un geek de la pointe de mes cheveux – du moins ce qu’il m’en reste – jusqu’aux ongles des orteils. Avec mes faibles ressources – sur ce point je tiens à préciser que les braves gens peuvent aller se faire cuire une omelette à base d’oeufs d’autruche – je ne peux me payer des vacances chez des amis ou de la famille qu’une fois tous les 6 à 8 mois.

Je passe donc le reste du temps à faire mon geek pour quelques connaissances, à donner des coups de main aux autres aussi bien en réel qu’en virtuel. Pour essayer de conserver un minimum de contact avec la vie réelle.

Celle de ma dentiste, celle d’un kiné. Celle de ma boulangère ou celle d’un agent municipal. Bref, loin de tout ce qui constitue le doucéreux monde de l’informatique, qu’elle soit libre ou pas. Même si je n’en ai rien à foutre d’une compétition sportive quadri-annuelle qui voit des équipes nationales (ou nationalistes ?) taper dans un ballon pour abrutir les masses, en suivant le bon vieux principe du « Panem et circenses ».

Mais revenons-en à l’informatique. Je n’ai que l’expérience d’une personne complètement autodidacte qui sait donc se sortir les doigts du fondement quand c’est nécessaire pour se débrouiller et résoudre un problème.

Je suis pour nombre de personnes « l’informaticien » celui qui résoudra les pannes obscures. Celui qui emploiera des termes volontairement abscons et techniques. Non pas pour se la « péter en societé », mais pour se faire comprendre de ses semblables dans ce domaine qui n’a qu’une soixantaine d’années environ, donc presque rien au niveau de l’histoire de l’humanité.

Bien entendu, cela me fait plaisir de pouvoir dépanner des personnes qui sont moins plongées que moi dans les arcanes insondables de l’informatique. Mais ce n’est pas pour autant que je me prendrai pour le maitre du monde 🙂

Ce n’est pas parce que je sais à quoi sert tel ou tel composant matériel ou logiciel que je serai une personne meilleure dans la vie de tous les jours.

J’ai même eu l’étrange surprise d’avoir la confirmation – en devenant le parrain de deux bouts de choux adorablement insupportables pour qui j’étais déjà leur « tonton Fred » – que le monde du libre est largement plus intolérant que celui de certaines religions.

Cela a été une claque surtout que je ne suis pas franchement un catholique pratiquant proche des fondus de la Fraternité Saint Pie X. Tout à l’opposé même. Même si ce n’est que de l’informatique, peut-on accepter des propos digne de l’anathème ?

Simple question, à vous de répondre maintenant. Je vous laisse, je retourne à cette vie que je commence à apprécier.

Que sont-elles devenues les distributions GNU/Linux de 2013 ? Deuxième partie.

Après un premier article bien chargé, j’ai décidé de reprendre le cours de l’année 2013 et de me consacrer au mois de juin, histoire d’avoir un billet un peu moins chargé 🙂

Uniquement 5 billets sur 4 distributions. Une est morte, la 0linux, la Bridge étant plutôt à l’abandon… Un bilan assez positif, mais que donnera l’analyse du mois de juillet 2013 ?

Le monde du libre actuel part en couilles ? Bonus n°2 : le prétexte fallacieux du choix pour que rien ne bouge.

Je m’étais promis de ne plus faire de billets dans cette série, mais il faut parfois se faire violence.

Un des mantras que psalmodient la plupart des libristes, c’est que le libre, c’est la liberté du choix.

C’est vrai et c’est une bonne chose. Cependant, avec l’application pathologique du principe du fork – qui est une bonne chose au départ – on finit par se retrouver bloqué devant une telle tétrachiée de choix que l’on ne peut plus rien décider au final.

Avoir du choix, c’est nécessaire. Mais se retrouver avec plus de 250 ou 300 choix en terme de distributions à destination bureautique, c’est pas un brin excessif ?

On tombe dans ce que l’on appelle la loi de Hick-Hyman. On la résume ainsi : « Plus l’utilisateur à de choix, plus il prendra de temps à se décider. »

Une autre conséquence, c’est le distro-hopping. En clair, il y a tellement de choix qu’on peut changer de distributions presque chaque jour de l’année.

J’ai connu cette période durant plusieurs années. J’ai sauté de distributions en distributions. Plus j’ai fini par me poser sur Ubuntu (durant deux ans et demi) puis sur Archlinux depuis l’année 2009. J’ai trouvé une forme de stabilité bien que ce soit une rolling release.

Le problème est qu’avec le développement des réseaux sociaux que ce soit le fesseur de caprins, le fantômatique Google Plus ou encore Youtube, il est plus facile de dire tout et son contraire.

D’adorer une distribution le lundi et de la vouer aux gémonies le vendredi de la même semaine. Devenir une girouette et ne plus être crédible. Passer pour le clown de service et ridiculiser un peu plus le monde du libre qui n’en a pas vraiment besoin.

Le choix est nécessaire, mais tomber dans l’hypertrophie du choix, c’est contre productif au possible. Posez-vous seulement la question : pourquoi en un quart de siècle de distributions GNU/Linux, dont une grosse douzaine d’années avec des produits qui peuvent largement tenir la dragée haute à Microsoft et Apple, le bureau libre se traîne péniblement à 2% de parts de marché en bureautique.

Si cette politique du choix était vraiment fonctionnelle, le bureau linux serait plus dans les 10%… Je ne dis pas qu’il faut mettre à mort le choix, mais il faut se demander sur les 250 ou 300 distributions bureautiques indexée sur Distrowatch – car il faut bien une source pour en avoir la liste – combien pourrait disparaître sans que le monde du libre soit réellement en danger ?

Vous allez me dire que je radote et que je prèche pour la paroisse de l’équipe à laquelle j’appartiens en tant que bêta testeur. Dommage pour vous, voici le uname -a de mon ordinateur en ce 16 avril 2018.

Linux fredo-arch-mate 4.16.2-1-ARCH #1 SMP PREEMPT Thu Apr 12 13:51:26 UTC 2018 x86_64 GNU/Linux

Je peux vous dire une chose : cela fait 22 ans que je fréquente le monde du libre, dont 12 en mono-boot linuxien. Je ne reconnais plus le monde que j’ai connu au début, celui qui avait envie de faire avancer les choses. Celui qui ne se résumait pas à une bande de pseudo-geeks qui se la pètent car ils savent taper trois lignes de commandes dans un terminal.

Je sais très bien que cet article ne fera pas bouger les choses, mais au moins, il m’aura permis de dire les choses telle que je les conçois. Cela ne plaît pas ? Tant pis. Mais au moins, j’en ai ma claque de voir qu’une partie du monde du libre en arrive à faire des gorges profondes à Microsoft pour être intégré à WSL.

Continuez donc de tresser la corde qui va vous pendre. Microsoft a parfaitement vu ce qu’était les coulisses un brin dégueulasse de ce monde.

Dommage qu’à cause d’une minorité arquée sur son idéologie, des projets comme ceux développés par Framasoft ne servent pas à une majorité de gens qui en auraient bien besoin pour récupérer un minimum de contrôle sur les drôles de boîtes qui leur servent à aller sur Internet.

La Manjaro Linux 18.0 est-elle piégée par le lent développement de Xfce ?

Depuis sa première version vraiment utilisable, la Manjaro Linux 0.8.0, la fille d’Archlinux a pour vaisseau amiral sa saveur basée sur l’environnement Xfce. Si on regarde dans les notes de publication de cette version ancestrale, il est indiqué clairement que Xfce est la version principale.

Cependant, pour mon premier article sur le projet en août 2012, j’avais choisi l’ISO proposant le duo Gnome et Cinnamon.

Au fil des mois, j’avais suivi le projet. de mon côté, j’ai migré vers Xfce 4.12 à sa sortie, fin février/début mars 2015. J’y étais resté une grosse année avant de migrer vers Mate-Desktop début 2016 à l’époque de Mate-Desktop 1.13.

J’ai eu vent de l’existence de préversions pour la Manjaro Linux Xfce 18.0, datée pour la plus récente – au moment où je rédige ce billet, le 9 avril 2018 – du 30 mars 2018.

J’avais alors lancé l’image ISO et j’ai eu quelques surprises, sur lesquelles je reviens dans la vidéo ci-après.

Comme je l’ai précisé dans la vidéo, j’ai comme l’impression que le projet Manjaro est un brin piégé par le très lent développement de Xfce 4.14 qui semble avoir fait le choix de migrer d’un seul coup tout son code de gtk2 vers gtk3.

Cela fait maintenant un peu plus de trois ans qu’il n’y a pas eu de nouvelle version stable. Il n’y a pas eu de communication du genre : « Hé, on vous propose une version de développement pour vous montrer les progrès accomplis et vous faire patienter. »

C’est dommage. On a l’impression que Xfce est un projet zombie alors que c’est tout sauf le cas si on regarde son blog. Comme je l’ai dit dans la vidéo, c’est un avantage et un inconvénient :

  • Un avantage si on sait que l’équipe de Manjaro a tout le temps qu’elle veut devant elle pour fignoler sa migration vers un Xfce 4.14 complètement gtk3.
  • Un inconvénient car la date de sortie de Xfce 4.14 est encore inconnue. Cela pourrait très bien être pour Noël 2018 que pour la rentrée de septembre, ou en 2019…

C’est vrai que la version que j’ai montrée en vidéo reste une alpha, mais il ne reste pas moins que le problème lié par la non-disponibilité d’un Xfce 4.14 risque d’handicaper à terme la Manjaro Linux 18 si la volonté de conserver cette version de l’environnement est confirmée.

On ne peut pas blâmer l’équipe de Manjaro de ne pas avoir misé sur Mate-Desktop comme environnement de bureau léger… En août 2012, le projet Mate-Desktop était encore dans ses couche-culottes, et je dois avouer que je n’aurais pas parié un seul kopeck sur sa survie… Comme quoi 🙂

Maintenant, Manjaro Linux va-t-elle changer de base pour sa version principale ? Les chances sont faibles voire nulles, surtout après avoir utilisé le même environnement de bureau comme vitrine depuis près de 6 ans !

Les projets un peu fou du logiciel libre, épisode 18 : le port des outils GNU sur une base BSD…

Le monde du libre à ses origines était un monde où le partage était un des mots clés principaux, loin des dérives actuelles où les communautés s’entretuent à grand coups d’anathèmes et de forks.

L’exemple de ce partage ? Le port des outils GNU via des projets comme CygWin et MinGW pour l’OS privateur pour PC qu’est MS-Windows. Sans oublier Fink pour l’OS fruité.

Mais il n’y pas que les ports pour les OS privateurs. Il y a aussi les ports pour des noyaux libre comme celui de Hurd (avec Debian GNU/Hurd) dont j’ai parlé dans l’épisode 8 de cette série de billets.

Cependant, il y a une constante qui se cassent les dents à intervalles réguliers, j’ai nommé les ports d’outils GNU sur une base BSD. Que ce soit avec UbuntuBSD (qui semble bien mal parti n’ayant plus proposé d’images ISO depuis 2016) et dont j’avais parlé en mars 2016.

Quant à PacBSD, même si une ISO est disponible depuis août 2017, son wiki est une purge telle que le wiki d’Archlinux serait une promenade de santé en comparaison.

J’ai donc décidé de me replier sur Debian GNU/kFreeBSD. La dernière image ISO disponible date de l’époque de la Wheezy, alias Debian GNU/Linux 7.x.

Cependant, une autre page concernant la Debian Jessie (alias 8.x) est disponible. Le port a été ôté des versions officiellement supportées en novembre 2014.

Ayant récupéré l’ISO minimale pour une installation de Debian GNU/kFreeBSD, j’ai décidé de montrer l’ensemble en vidéo.

Même si la version de Debian GNU/kFreeBSD date un peu, on a quelque chose de fonctionnel bien que quelques bugs abiment l’expérience utilisateur au final. Mais pourquoi vouloir mélanger deux mondes qui cohabitent mis à part pour faire mumuse ? Je ne vois pas…

Que devient la Devuan GNU/Linux en février 2018 ?

25 Mai 2017 : le projet Devuan GNU/Linux lancé fin 2014 pour promouvoir la liberté du choix au niveau du système d’initialisation sort enfin sa première version, nom de code Jessie, comme la Debian GNU/Linux de l’époque.

18 juin 2017 : le projet Debian GNU/Linux annonce la sortie de la Stretch, suite de la Jessie sortie deux ans plus tôt.

À peine sortie, la Devuan GNU/Linux 1.0 était presque obsolète, du moins, en tant que version stable. Un gros mois avant la sortie de la Devuan Jessie, j’avais rédigé un article sur la 1.0rc qui se concluait ainsi :

Une nouvelle fois, et modulo le fait que les couleurs soient enfin moins arrache-rétines, je finis avec un « tout ça pour ça ? » En dehors des personnes qui rejettent systemd pour des raisons idéologiques et/ou techniques tout en restant dans le monde Debian GNU/Linux, cela peut devenir la distribution de leurs rêves.

Pour les personnes voulant du Debian GNU/Linux sans se prendre la tête, autant rester avec la maison mère 🙂

Une dizaine de mois sont passés et j’ai voulu savoir où en était le projet, mais en me basant sur la future version stable, celle qui prend la Debian GNU/Linux Stretch comme base à « exorciser », nom de code Ascii.

Pour arriver à ce point, je suis parti d’une image d’installation complète sous forme de DVD d’installation de la Devuan GNU/Linux Jessie via le miroir allemand leaseweb, le tout dans une machine virtuelle VirtualBox.

Après avoir choisi la langue à utiliser, j’ai fait le choix de ne rien prendre en réseau pour la première étape.

À noter que si l’on fait ce choix, il n’y a qu’un environnement graphique proposé, même avec le DVD… Ouille !

Une fois tout terminé, outre l’absence de wicd (normal, je suis en filaire, donc pourquoi utiliser un gestionnaire de connexion réseau ?), j’ai été au regret de constater que je ne pouvais pas accéder à la navigation sur les disques en réseau…

Après l’installation du paquet gvfs-backends, tout s’est mis à mieux fonctionner 🙂

L’étape suivante a été d’activer les dépots en ligne pour faire les mises à jour et avoir une Devuan 1.0 aussi fraiche que possible à l’arrivée 🙂

Synaptic m’a annoncé l’arrivée de 163 mises à jour et l’ajout d’un paquet pour finir l’opération.

C’est en partant de cette Devuan GNU/Linux 1.0 à jour que j’ai décidé d’attaquer la suite, à savoir la migration vers la branche Ascii…

Comme vous avez pu le voir, la migration a été assez gourmande en paquets, et au final, on se retrouve peu ou prou avec ce que propose Debian Stretch avec un environnement Xfce.

Je pourrais reprendre la conclusion de mon article d’avril 2017 au mot près. J’espère juste pour Devuan qu’ils sortiront leur version Ascii d’ici la fin de l’année 2018, histoire de ne pas répéter ce qui s’est passé en mai-juin 2017.

PureOS, une occasion ratée de réparer la réputation des distributions GNU/Linux 100% libres ?

À l’origine je devais écrire un article classique sur la dernière addition à la liste des distributions GNU/Linux 100% libre selon les Saints Canons de la Free Software Foundation.

Mais je dois dire qu’au fur et à mesure que j’avançais dans les captures d’écran et l’installation de la machine virtuelle, je me suis aperçu que je n’aurais pas eu grand chose à dire…

Purism, qui est derrière le projet PureOS, est surtout connu pour son projet de téléphone orienté liberté et sécurité – prévu pour début 2019 – et pour des portables aussi chers que ceux portant le nom d’un avion de chasse célèbre de la deuxième guerre mondiale.

Peut-on schématiser PureOS ? On le peut. Prenez une Debian GNU/Linux testing avec Gnome, un Mozilla Firefox ESR renommé PureBrowser (car il inclue des extensions comme TOR, le moteur de recherche Duck Duck Go, HTTPS Everywhere et Privacy Badger). Sans oublier de désactiver les dépôts contrib et non-free qui contiennent des méchants logiciels non libres !

Mais surtout, il ne faut pas dire le mot qui fâche. Du moins le terme qui fâche. Si on va sur le site officiel, on parle de « continuous delivery », terme cache-sexe pour parler de… rolling release !

Il est vrai que Debian GNU/Linux testing n’est pas vraiment une forme de rolling release, car il y a un gel de 6 mois au bout de 2 ans. Ce qui explique la non utilisation du terme rolling release qui serait un brin mensonger dans ce cas. J’ai cependant cédé à l’envie de faire une rapide vidéo pour montrer l’ensemble en action.

Mais même si je n’ai pas grand chose à dire, il faut quand même présenter rapidement cette distribution qui n’apporte pas grand chose par rapport aux distributions 100% libres existantes, si ce n’est offrir une logithèque plus récente en installation facile. Autant prendre une Debian GNU/Linux testing, lui rajouter Gnome et ne pas activer les dépôts contrib et non-free. Le résultat sera le même au final.

Pour conclure rapidement cet article, que dire ? Si vous cherchez du 100% libre n’empestant pas trop la naphtaline, à part des projets comme Parabola GNU/Linux, il ne reste plus grand chose. PureOS pourrait être une option, mais le fait qu’elle soit gelée durant 6 mois à intervalle de deux ans et non en vrai rolling release pourrait lui porter tort à terme.

La guerre des modèles de publication de distributions, le retour ?

Mon collègue blogueur Seb95 a décidé – à son corps défendant – de relancer cette éternelle guerre de modèles de publication concernant les distributions GNU/Linux dans le billet suivant au titre des plus diplomates : « Manjaro: les Français, allez-vous faire foutre… Ou pourquoi je ne conseille pas cette merde de Manjaro »

Il y a un point que je voudrais aborder, c’est cette partie de l’article, que je cite :

mais une rolling n’est pas adapté à de vrais débutants, de ce que je vois et de ceux que je connais, les personnes qui me font confiance et qui sont dépendant de moi, ne seront jamais capable de se retrouver dans le flux perpétuel des mises à jour de cette distribution.

On tombe dans une forme de travers qui consiste à prendre son expérience pour la généralité. Outre le fait qu’il y a une forme de subordination (liée à l’envie de ne pas se prendre la tête), on peut se dire certain(e)s débutant(e)s mettent parfois de la mauvaise volonté à ne pas faire les efforts minimaux.

Il est vrai que les personnes en question n’ont pas des trucs hors de prix à décrocher qui s’appelle permis de conduire. Mais fermons cette rapide parenthèse.

Ensuite, Seb nous parle de la Frugalware, distribution qui n’a jamais su se vendre et qui a fait des choix stratégiques qui lui ont tranché la gorge sans oublier d’être un des distributions les plus buguées que je connaisse cf ce genre de billet datant de 2013, ou encore la Sabayon qui est soutenue par ses développeurs comme la corde soutient le pendu.

Les deux modèles ont des imperfections, ce qui est montre le côté artificiel de conflit. J’y viens dans la suite de cet article.

Comme disait Vladimir Illitch Oulianov, « Les faits sont têtus ». Dans les faits têtus du monde libre de 2018 ? L’accélération des sorties de logiciels est le plus gros de tous. C’est un des principaux problèmes des fixed releases.

LibreOffice a un cycle de vie de 6 mois entre deux versions majeures.

En 2017, nous avons eu la 5.3.0 (1er février 2017) et la 5.4.0 (29 juillet 2017). En 2016 ? La 5.1.0 (le 10 février 2016, le jour de mes 42 ans) et la 5.2.0 (le 4 août 2016).

Idem pour Gnome (mars et septembre de chaque année), Plasma (février et août de chaque année). N’oublions pas les navigateurs internet qui sont mis à jour toutes les 8 semaines ce qui fait 6 publications par an.

Il est vrai que sans une grosse connexion, maintenir à jour une rolling release tient du parcours du combattant. Il est vrai qu’il y a eu le bug du thème bien moisi de Manjaro. Mais ce genre de bug, il est indépendant du type de publication de la distribution.

Il n’est pas obligatoire d’être à la course à la dernière version du logiciel. Mais avoir une version récente au niveau des équipes de développement permet d’être certain d’avoir du support en cas d’emmerdements.

Il faut aussi que l’équipe derrière la rolling release ne prenne pas le melon, et c’est souvent le cas avec des projets qui deviennent un peu trop rapidement connu, et qui ont une croissance trop rapide pour être gérée correctement.

Mais les fixed ne sont pas à l’abri d’emmerdes monstrueuses. Si on prend la distribution qui est synonyme de Linux dans le grand public, peut-on passer à côté de l’énorme boulette des ordinateurs équipés de circuits UEFI briqués par la Ubuntu 17.10 ?

C’est largement plus emmerdant qu’un fond d’écran qu’on ne peut pas changer, non ? Mais qui dit fixed release dit aussi devoir passer par des contournements si on a besoin de logiciels plus récents, ne serait-ce que par exemple Mate 1.18 qui est arrivé un peu trop tard pour être inclus dans le cycle de développement de la Debian GNU/Linux 9 alias Stretch.

Les rétroportages sont une solution mais c’est aussi comme un cautère sur une jambe de bois, comme le montre l’article de Seb95 sur l’installation de Mate 1.18 sur Debian GNU/Linux Stretch.

Autre limitation d’une partie du monde des fixed release : il est parfois difficile d’avoir certains logiciels récents. Je prendrai le cas de Mozilla Firefox 57 et suivant sous Debian. Pour Fedora, des paquets pour les versions 57 et suivantes sont directement empaquetées par les développeurs de la distributions pour la version 26 et la version 27.

Bien que par défaut Debian se synchronise sur la version ESR de Mozilla Firefox, des utilisateurs préfèrent la version « court terme ». Manque de chance, l’arrivée tardive du compilateur rust complique la tâche des utilisateurs.

À moins de jouer avec l’apt-pinning ou de passer par l’installation de l’archive officielle, pas de voie de sortie pour le moment. Je me demande comment l’équipe de Debian gèrera cela avec la prochaine version ESR, la 60.0…

Donc pour conclure, AUCUN modèle n’est parfait. Ce n’est pas parce que Debian oblige à faire des contorsions pour certains logiciels assez cruciaux que je vais bazarder toutes les fixed releases.

Ce n’est pas parce que l’équipe de Manjaro international a pris la grosse tête qu’il faut jeter toutes les rolling releases.

Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. C’est ainsi que je concluerai cet énième article sur cette guerre inutile entre deux modèles de publications de distributions GNU/Linux. Modèles qui ont tous deux leurs qualités et leurs défauts.

Le monde du libre actuel part en couilles ? Épisode 11 : les guerres claniques…

Pour ce onzième épisode de cette série de billets gueulantes, j’ai envie d’aborder un des cancers du monde linuxien : la guerre des clans… Comme fond sonore, l’excellent deuxième album des français d’Alwaid, « The Machine and The Beast ».

Vous avez pu comprendre que si j’ai sorti du bon gros metal symphonique, c’est que je vais sortir l’artillerie lourde… Oui, mais avec la diplomatie qui caractérise le méchant tonton Fred 😀

S’il y a un monde qui est traversé par l’existence de clans rivaux, pour ne pas dire un monde balkanisé (au sens historique de la poudrière des Balkans qui a servi de prétexte à la première étape du suicide de l’Europe entre 1914 et 1918), c’est celui du logiciel libre.

Il y a deux grandes familles : la famille linuxienne et celle des BSDs libres. Chacune se subdivisent en plusieurs sous-familles. Celle des BSDs libres est plus simple, car on peut la schématiser ainsi :

  1. Les fans de la sécurité avec OpenBSD.
  2. Les fans du « ça fonctionne partout », même sur les grilles pains connectés avec NetBSD.
  3. Les fans du « on reste accessible au plus grand nombre » avec FreeBSD.

On pourrait dire que le monde linuxien est coupé en deux, entre les promoteurs des distributions en rolling release (publication roulante) et fixed release (publication à date fixe).

Mais ce serait encore trop simple. Le monde du libre est aussi l’expression du proverbe shadok : « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué » ?

En dehors des deux sous-familles, il y a les personnes qui ne jurent que par les paquets deb, d’autres les paquets rpm. Certains ne jurent que par la Slackware, d’autres par les distributions où il faut tout compiler depuis le code source et peu importe que la moindre mise à jour un peu importante demande plusieurs heures d’attente…

Il y a les personnes qui ne jurent que par les distributions mères (ArchLinux, Debian GNU/Linux, Fedora, Gentoo, Slackware principalement), d’autres par leurs versions simplifiées respectives les plus connues (Manjaro Linux, Ubuntu, Korora, Calculate, Salix principalement).

Bien entendu, la liste ci-dessus n’est pas exhaustive. Mais ce serait sans compter sur les prêtres des différentes chapelles préchant pour convaincre le maximum de personnes. Parmi les blogueurs francophones, du moins ce qu’il en reste en 2018 ?

Autant dire que le bilan n’est pas des plus variés. On reste dans les grandes familles. On pourrait me répondre que je fais la promotion à tout crin d’Archlinux via mes guides.

Mais j’ai toujours essayé sur mon blog de parler des différentes familles au fil des années. Je n’ai pas oublié que j’ai commencé avec Slackware en 1996, et que j’ai connu nombre d’antiquités comme la Kheops par exemple 🙂

Et comme je le précise dans les vidéos parlant du projet Anarchy Linux ou sur celles qui parlent d’Archlinux et de ses dérivées, ce ne sont pas des systèmes à mettre entre toutes les mains…

Même si je considère que le modèle fixed release a du plomb dans l’aile avec l’accélération des sorties de logiciels (6 à 8 semaines pour les navigateurs internet, 6 mois pour les environnements de bureaux ou pour les suites bureautiques), le modèle rolling qui essaye de prendre en compte la dite accélération n’est pas mieux, car il est plus chiant à gérer au niveau des mises à jour.

Aucun modèle de publication n’est parfait. Ni aucune distribution quelque soit ses caractéristiques. Il y aura toujours des distributions qui ne servent à rien et ne sont que des parasites mais se lancer des anathèmes à longueur d’années, c’est de la connerie pure et dure. Cela ne fait que montrer un monde du libre digne d’une cours d’école maternelle qui se disputerait pour un sac de bonbons.

Je ne m’attends pas à révolutionner le monde du libre avec cet article, il est sur certains plans bien trop cassé pour l’être 🙁

Allez, bonne journée malgré cet article !

Cédons à la tradition : le billet bilan de 2017 du blog :)

Il faut savoir respecter les traditions. Chaque ultime billet d’une année est celui où l’on se doit de faire un bilan.

En décembre 2016, en utilisant l’outil de statistiques de WordPress – qui ne fonctionne plus à cause de certaines limitations de mon hébergeur historique – je tournais dans le demi-million de pages vues avec une bonne moitié de robots de moteurs de recherches.

Un an plus tard, j’ai dû utiliser l’outil de statistique de l’hébergeur, donc les chiffres sont à prendre avec des pincettes, surtout que les données du mois de décembre ont été bloquées au… 6 décembre !

Selon les statistiques fournies, mon blog connait dans les 8000 visites quotidiennes… Énorme ! Soit entre le 1er janvier et le 6 décembre quelque 2,78 millions de visites sur l’année… Une multiplication par 4 par rapport à l’année dernière ? C’est un brin excessif, donc je ne m’attarderai pas dessus. Tout ce que je peux dire, c’est que mon blog est visité. Malgré tout, je ne me considère pas un blogueur influent, loin de là !

Ce que je retiendrai de l’année 2017 ? Une année de tension intense. Au point d’avoir la volonté de mettre la clé sous la porte en février 2017… Une crise qui en dit long sur l’ambiance pourrie du monde du libre qui règne actuellement.

Inutile de revenir sur les événements en question. En tout cas, une chose est sûre, je pense que dans les mois qui viennent, entre les annonces catastrophiques sur le plan de la sécurité comme des extrapolations sur l’Intel ME (la route de l’Enfer est pavée de bonnes intentions) ou encore les intégrateurs qui poussent certaines fonctionnalités comme l’Intel SPI qui font que Canonical retire temporairement la dernière version de son Ubuntu, et je pense que l’on fera une overdose de popcorn devant la propagation de FUD dans le seul but de vendre des solutions de sécurité.

D’ailleurs, il faut être réaliste : la seule vraie sécurité en informatique est de couper l’alimentation électrique et réseau d’un ordinateur, le mettre dans un coffre-fort, coulé dans un cube de béton de cinq mètres d’arête, le tout balancé au fin fond de la fosse des Mariannes.

Oui, c’est une exagération volontaire. Protégez sa vie privée, c’est normal. Mais en dehors du chiffrement d’un portable qui doit voyager ou du chiffrement de votre messagerie, quel intérêt de pousser plus loin la recherche de la sécurité ?

La sécurité ultime n’existe pas. Toute technologie de chiffrement sera un jour ou l’autre cassée, même si dans le cas du protocole SHA1, il a fallu un équipement qui n’est pas donné à tout le monde : juste 6500 CPU et 110 GPU durant un an pour arriver à produire deux documents PDF différents avec la même somme de contrôle SHA1… Une paille, non ? 🙂

Il ne faut pas tomber dans le travers du « rien à cacher » : simplement rester raisonnable, et trouver le bon équilibre entre sécurité et utilisabilité. Mais n’étant pas expert en sécurité et ne prétendant pas l’être, ce n’est qu’une simple réflexion d’un internaute qui a connu les connexions en 33,6 Kbps/s et qui essaye de faire fonctionner ce qui lui sert de masse cérébrale 🙂

Pour finir cet article, j’ai eu du mal à choisir une vidéo. J’ai pris donc un titre du très bon deuxième album d’Alwaid « The Machine and The Beast », nommé « Amphisbaena ».

Les paquets universels, croque-mort des mainteneurs de logiciels ?

Dans mon billet humoristique – seuls les pisse-froids auront pris au pied de la lettre l’article sur les prédictions de 2018 – je parlais des paquets universels.

Je disais ceci en substance :

Sur le plan des paquets universels, je ne pense pas que leur adoption progresse énormément en 2018, surtout avec un duo/duel comme avec Flatpak (projet développé pour être multiplateforme) et Snap (projet centré sur Ubuntu au départ).

À moins qu’un troisième larron arrive et dise aux deux larrons de fermer leurs grandes gueules ?

Je dois dire que les formats universels, c’est un serpent de mer du monde linuxien. Et depuis 1996, année où j’ai commencé à m’intéresser au libre, il y a eu quelques tentatives plus célèbres que d’autres.  Je pourrais citer 0install ou encore les autopackages.

Pour 0install, on a un projet qui date de 2005 et qui est toujours développé en 2017. Mais qui en parle mis à part quelques blogs obscurs et quelques magazines purement technique ? Pas grand monde.

Pour les autopackages, le projet a fusionné en 2010 avec Linstaller. Qui en entend parler ? Pas grand monde.

Bien entendu, il y a le trio Appimage, Flatpak et Snap qui tient le haut de la scène actuellement. Si je devais parier sur un survivant à terme, je penche pour Flatpak. Pourquoi ? Car c’est un format proposé par le site FreeDesktop.org.

On y trouve aussi des technologies dont les sites officiels y sont hébergés : le pilote nouveau, gstreamer ou encore le diabolique conflictuel systemd.

Donc, dans un de ses derniers articles, Sebastien de Passions GNU/Linux n’a pas tort quand il dit :

IL FAUT que ça soit le standard Freedesktop qui s’impose et rien d’autre, il faut que ça soit une distribution communautaire à la Debian, si ce n’est Debian, qui s’en sorte le mieux avec.

Je pense que la Debian et son impératif historique de stabilité ne soit pas le meilleur choix ici, surtout avec un cycle de sortie relativement long pour le libre, deux ans entre chaque version majeure en moyenne.

Pour moi, et contrairement à l’article reprit par Seb, ce ne sont pas toutes les distributions qui risquent de disparaître à terme, mais seulement celles qui sont redondantes avec l’existant. Ou qui ne survivent que par leur format de paquets spécifique et les outils qui vont avec pour toute justification.

Car pour faire vivre une distribution, il faut des mainteneurs. Qui dit mainteneurs dit souvent empaquetage de logiciels. Si un dépot plus ou moins centralisé proposant des applications universelles finit par s’imposer comme standard, il ne devra plus rester que la base.

Les applications de plus haut niveau, spécialement celle à destinations des utilisateurs finaux s’installant en reproduisant le principe développé peu ou prou depuis le début par Apple et son MacOS.

Même si cela donne des paquets qui sont souvent proche de l’obésité morbide, cela permet d’avoir des logiciels qui ont autour d’eux tout ce qu’il faut pour les faire fonctionner.

On pourrait arriver ainsi à récupérer un paquet universel pour LibreOffice qui pèserait facilement un bon demi-Go, voire plus si on doit rajouter les bibliothèques qui vont bien pour faire fonctionner le logiciel.

Évidemment, cela serait une plaie pour les personnes ayant des connexions limitées, mais qu’est-ce qu’on en a à foutre ? Tout le monde à l’ADSL, non ? Et bientôt tout le monde aura une connexion style fibre, non ?

Euh, comment dire… Quid des pays en voie de développement ? Des zones rurales où tirer la fibre ne serait pas le moins du monde rentable ?

Pour moi, de part le nombre de standards qui s’entretuent pour obtenir cette solution miracle du paquet universel, et surtout de part la dispersion des distributions, les paquets universels auront du mal à s’imposer.

On peut être alarmiste et hurler au loup en disant que l’on va tous crever. C’est vrai, mais cela est un autre problème. Ce qui ressort, c’est souvent que les mainteneurs de paquets pourraient perdre une partie de leurs pouvoirs. Oui, le pouvoir de dire à l’utilisateur de base : tu vois, chose insignifiante, je sais empaqueter ton logiciel. Tu es sous ma coupe !

Désolé, je me suis laissé emporté dans le paragraphe qui précède, mais c’est l’impression que j’en ai.

Empaqueter un logiciel, surtout sur les distributions nées à partir de l’époque de la Gentoo 1.0 (soit à partir de 2002), c’est prendre une recette, la modifier, vérifier si ça compile et vogue la galère.

On est loin des horreurs de complexité que sont les paquets pour debian ou encore le rpm. Du moins, c’est ce que j’en ai retiré en lisant la documentation de génération des paquets.

Je sais que je vais précher pour ma propre paroisse ici, mais quand je vois la simplicité syntaxique d’un PKGBUILD, je me dis que le système de paquets a été pensé pour être facilement applicable.

Ce qui explique le nombre astronomique de recettes disponibles sur le dépôt utilisateur AUR, un peu plus de 43000 au moment où je rédige ce long billet en décembre 2017. Bien sûr, on y trouve tout et n’importe quoi, ce qui est explicable par la simplicité syntaxique des PKGBUILD.

Donc pour conclure cet article, ce qui disparaîtrait au final, en dehors de distributions n’ayant pas réussi à s’imposer sur le marché qu’elles visent, ce serait le pouvoir de certaines personnes qui empaquetent les logiciels. Car il n’y aurait plus besoin que de profils largement plus techniques pour s’occuper des bases comme le noyau, le serveur graphique X ou son successeur Wayland, ou encore l’intégration de l’outil de gestion des paquets universels. Vous imaginez un paquet universel pour le serveur graphique ? Moi, pas  🙂

Vu la dispersion et les guerres intestines constantes entre les communautés qui constituent le monde du libre, je ne pense pas que les paquets universels finissent par s’imposer.

Les utilisateurs classiques ne viendront pas dans le monde du libre tant qu’il y aura plusieurs dizaines de distributions bureautiques dont la seule différence au final n’est que le format de paquets employés pour les logiciels.

Tant qu’il n’y aura pas de ports d’applications non-libres comme des ogres à la Photoshop (pour prendre cet exemple), toutes les guerres intestines du libre ne compteront pas plus qu’une tempête dans un verre d’eau.

Le monde du libre actuel part en couilles ? Épisode 10 : la négation de la technophobie du grand public…

Si je regarde mon calendrier, je m’aperçois que je rédige cet article le 26 novembre 2017 en écoutant un bon petit album d’Opeth de leur grande époque death metal progressif :

Donc, vous pouvez vous dire que ce sera un billet bien saignant. Et oui, cela va être le cas, car j’en ai marre des personnes du monde du libre qui joue la politique de l’autruche en ce qui concerne le grand public.

Marre d’entendre des conneries sur la réinvention constante de la roue qui ne sert à rien si ce n’est perdre du temps dans la plupart des cas en plus d’une dispersion de ressources qui seraient utilisées plus utilement ailleurs. Je n’ai pas envie de revenir sur la conceté du fork COMPULSIF.

Le monde Linux est bloqué dans son petit monde d’utilisateurs technophiles, frange convaincue pour des raisons techniques que l’OS de Microsoft est un danger aussi bien pour la vie privée que pour la sécurité des données. L’OS fruité pour les personnes ayant des portefeuilles bien remplis n’est pas mieux ici si on y regarde bien.

En tant que technophile, j’ai vite compris que ce serait inutile de faire croire que l’on pourrait faire progresser la cause de la liberté informatique en multipliant les distributions à destination d’une minorité déjà plus que conquise.

On touche un fait précis. La trouille d’une partie du monde linux de perdre son statut de grand gourou de l’informatique. C’est la volonté de conserver un joujou pour geeks, comme je l’ai précisé dans l’épisode 2 de la série « Le monde du libre actuel part en couilles ? »

J’ai toujours assumé mes propos et mes idées. C’est pour cela que je fais des vidéos en face caméra, spécialement quand je parle de distributions qui sont des sombres bouses comme pour ma série des DGLFI.

C’est pour cela que j’affirme que si l’on veut vraiment que le monde Linux atteigne une certaine masse critique – les symboliques 10% de parts de marché pour que les constructeurs arrêtent de se foutre de la gueule du monde libre – ce n’est pas avec Archlinux, Slackware, Crux, Gentoo ou d’autres distributions nécessitant la ligne de commande pour s’installer que cela arrivera.

Au contraire, s’enfermer dans la création de ce genre de distributions, c’est la pire des concetés qu’il est possible de faire. Il faut arrêter de rêver.

Ce n’est pas parce qu’une personne conduit une voiture qu’elle est capable d’expliquer le fonctionnement d’un moteur à explosion par la carte. Une personne qui joue d’un instrument de musique sera sûrement incapable d’expliquer comment se propage les ondes sonores produites par son instrument.

Le grand public est technophobe. Si une volonté de proposer une informatique respectueuse de ses utilisateurs et utilisatrices veut devenir crédible, ce sera avec des projets simplificateurs comme l’a compris Canonical en 2004 en proposant Ubuntu même si c’est un peu parti en cacahuètes par la suite.

Je connais nombre de personnes qui ont été complètement perdues lors de la migration de Mozilla Firefox 56 vers la 57, simplement suite au remplacement de la page de démarrage par une présentation à la Speed Dial. Ce n’est pas grand chose, mais c’est suffisant pour nombre de personnes.

Alors messieurs et mesdames les technophiles, sortez un peu la tête du sable. Soyez réalistes, il est purement et simplement impossible de former tous les utilisateurs et toutes les utilisatrices pour en faire des cracks en informatique.

Je vous renvoie à l’excellent article de Nikki Kovacs sur ce sujet.

Comprenne qui pourra… Ou voudra comprendre !