Pour qui voter ?

Élisée Reclus, éminent géographe anarchiste, disait que voter, c’était abdiquer. Ces élections pour les présidentielles de 2017 est certainement historique. En effet, on est sûr d’avance, selon le discours médiatique et selon les sondages d’opinions, que le duel final se retrouvera contre l’extrême-droite. Et que, par esprit républicain, on allait sauver la démocratie en votant pour son opposant.

Alors pour qui voter ? Parmi les stars du système, on retrouve à ma gauche Hamon et Mélenchon. À ma droite, on retrouve Macron, Fillon et Le Pen. Voici un petit tour d’horizon.

Hamon et Mélenchon propose peu ou prou le même programme : plus de social et une prise en compte de l’écologie politique. En bref, plus de social (ce qui est un peu le minimum requis pour la gauche…) et se dire que finalement, la croissance, ce n’est pas si top pour la survie de notre espèce. Mélenchon n’a pas un programme d’extrême-gauche, contrairement ce que présentent les médias : son volet économique est simplement keynésien. Alors oui, ça tranche avec le néolibéralisme ambiant, mais c’est simplement un programme social-démocrate de tout ce qui peut être plus classique.

On peut saluer que la « gauche institutionnelle », avec les deux sensibilités, prend en compte les thématiques d’une écologique politique, elle qui est restée pendant longtemps productivisme. Bien sûr, il existe des nuances entre les deux partis, due à leur positionnement qu’ils cherchent à incarner. Je tiens à souligner les termes positionner et incarnation, tel des acteurs qui jouent un rôle : en effet, les divisions entre les deux hommes sont bien minces. Les deux sont passé par le PS, et en 2009, ils faisaient partie de la même motion. La seule différence est seulement dans l’Europe : l’un veut conserver l’union européenne et l’autre veut en sortir. Personnellement, je suis mitigé sur ce sujet, et je ne sais pas où mon cœur balance. Oui, je critique fortement cette Union européenne néolibérale, mais cela reste pour moi quelque chose de vital. Dans se monde multipolaire, il faut créer les États-Unis d’Europe, avec une armée européenne, des universités européennes, un vrai parlement européen (avec un réel pouvoir), une vraie politique européenne cohérente. Pour moi, la solution est dans l’union et non dans la division : il faut mutualiser nos forces, car nous sommes bien seuls : les États-Unis ne veulent plus de l’Europe, la Russie y est hostile (plus facile de battre contre un ennemi divisé), la Chine rachète nos terres agricoles… et l’Union Africaine est encore trop jeune, mais j’ai de bon espoir pour elle. Il faut créer une Union Européenne sociale, écologique… L’Europe est le premier pas vers l’internationalisme, vers l’unité du genre humain. Je ne suis pas d’accord à un retour aux frontières françaises : je suis un citoyen du européen et du monde avant d’être un citoyen français.

Personnellement, je pense qu’il faut cesser cette guerre fratricide entre les deux volets à gauche. Il faut un vrai débat sur les points sensibles, comme l’Europe. Certes, cela ne se fera pas dans le cadre des présidentielles, il nous reste que peu de temps. Je vois, ici et là, des initiatives pour rassembler, converger les luttes. Cela a peut-être commencé avec Nuit Debout, ou même un peu avant, mais cela s’accélère. Heureusement, on est plus du temps des années 1930 : Jan Valtin, dans son livre « Sans patrie ni frontières » racontait comment staliniens et hitlériens s’associaient pour s’attaquer aux réunions du SPD.

Que dire des autres candidats ? Macron, la « révolution » en continuant la même politique néolibéral depuis 30 ans, et qui conduit à des frustrations et à la montée de vote populiste ? Fillon, une politique conservatrice ? Le Pen, une politique réactionnaire ? Très peu pour moi. Si l’un des trois gagne, ça sera une telle catastrophe que la gauche française, à l’instar ce qui se fait aux États-Unis face à Trump, sera obligé de s’organiser pour contrer tous ensemble et mettre de côté nos querelles de clocher.